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- 20/02/2026 à 10:18
De l'évolution du statut de la mendicité

Par Mansour M’henni
La mendicité ne cesse d'interpeller notre interrogation en relation à la morale religieuse et à la conscience citoyenne. L'importance qui y réside consiste à trouver l'équilibre nécessaire entre la solidarité et la dignité humaine. Historiquement, les solutions ont été trouvées dans la charité comme une forme de piété. Puis, avec le temps et l'évolution de la philosophie sociale, la solidarité civile a été jugée plus pertinente et plus juste.
Cependant, ni la charité ni la solidarité n’ont résolu le déséquilibre social, ressenti différemment d’une catégorie sociale à l’autre. Pour les uns, c’est une mise à l’épreuve du cœur et de la foi de l’être humain quand la vie le dote des conditions du confort et du bien-être. Pour les autres, c’est une injustice qui ne souffre aucun argument du point de vue des valeurs d’humanité et de justice sociale.
Est-ce pour cela que la mendicité est devenue le cadre des supercheries et des tromperies : des personnes ne vivant nullement dans la précarité jouent à la pauvreté et font de la mendicité une profession non soumise à une réglementation claire et régulière ; ils y verraient peut-être une sorte de revanche d’une classe défavorisée sur une autre riche de toutes les faveurs. Aussi voit-on ces professionnels de la mendicité user et abuser de l’occupation de l’espace public pour le parer de ce qui importune certains citoyens et certains responsables de la « propreté » de l’environnement. On les voit alors déambuler sur la chaussée, insoucieux des risques et des dérangements qu’ils provoquent et qui rendent difficile une circulation fluide dans les villes. On les voit manger et dormir n’importe où, traînant avec eux des enfants en très bas âge, des bébés aussi, au mépris de la dignité de ces êtres innocents et inconscients encore !
Le mois de Ramadhan est souvent considéré comme la saison privilégiée des cueillettes des charités, car telle est, religieusement définie, sa fonction sociale et son éducation à la condition de précarité chez autrui. Noble enseignement que l’on ne saurait honnêtement mettre en doute. Cependant, l’effet recherché nous semble gagner en transparence et en efficacité s’il s’inscrit dans une dynamique sociétale et une vraie politique sociale aspirant à la maîtrise de tous les citoyens méritoires d’un soutien conséquent et faisant obstacle à toute mendicité trompeuse et irrégulière. C’est pourquoi l’action associative dans cette perspective ne cesse de tenter l’engagement citoyen, même si ce dernier ne s’exhibe pas comme un acte de substitution absolue à la charité pieuse.
De ce point de vue, une vraie politique sociale gagnerait à établir une stratégie concertée, contrôlée et coordonnée entre le ministère de tutelle, celui des affaires sociales, et les structures civiles de l’assistance sociale. Cela exigera une visibilité claire du paysage humain nécessiteux pour en établir les priorités et pour organiser les donations le ciblant. Cela dotera notre société des marques d’une civilité honorable et d’un humanisme de responsabilité, n’excluant pas le sens de la charité religieuse mais l’intégrant dans une vision plus large des conditions de la bonne socialité qui plaît à l’homme et à son créateur.




