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  • 11/02/2026 à 15:36

L’éternelle tension du secteur de l’éducation

L’éternelle tension du secteur de l’éducation
Par Mansour M’henni
Dans une récente chronique, ici même, nous évoquions une autre fois l’éternel questionnement du secteur de l’enseignement, et le besoin de continuer de l’interroger, sans interruption, du fait de son rôle nodal dans la vie et le développement des sociétés.
Nous en avons profité alors pour souligner l’intelligence majeure et prophétique des fondateurs de la Tunisie indépendante et en modernisation, de par le statut privilégié qu’ils avaient accordé à l’enseignement public gratuit, conscients qu’ils étaient que nul progrès ni démocratisation n’étaient possibles sans ce nerf moteur de l’intelligence et de la sensibilité humaines.
Aujourd’hui, nous nous trouvons dans l’obligation morale de donner un avis, dans la mêlée des voix qui se sont confondues dans l’état de révolte provoqué récemment par l’assassinat d’un jeune élève au sein même de son lycée, suite à une dispute entre quatre congénères, dont il nous importe peu de discuter les effets et les causes.
Ce qui nous semble devoir être interrogé à l’occasion, c’est la façon dont chacun a essayé d’expliquer l’acte criminel, pour le ramener systématiquement au péché de désacralisation de l’école.
Il est évident que toutes les explications et tous les avis sont dignes d’écoute et d’interrogation, pourvu que cela soit d’abord en toute sérénité, dans la pensée d’un avenir réformé de tout le mécanisme scolaire, voire de la notion même d’école.
Pour ce faire, l’alignement idéologique systématique, voire même sa confusion avec l’appartenance confessionnelle, la sacralisation d’une fonction sociale (instituteur ou autre), ainsi que la personnalisation, individualisée, de certaines responsabilités collectives, tout cela ne peut constituer qu’un obstacle majeur à toute conversation sereine et à une pensée rationnellement partagée pour une meilleure édification de l’avenir.
D’aucuns réactualisent, à l’occasion, les revendications syndicales du corps enseignant comme seul remède à une scolarisation malade ! De fait, pour l’heure, il s’agit plus de regarder le passé pour éclairer l’avenir que de chercher, coûte que coûte, un bouc émissaire à même de souffrir seul le poids d’une culpabilité où est condensée une responsabilité collective.
Que dire donc à ceux qui revendiquent une école classique hermétique à toute tolérance dans son éducation à la discipline comme un assujettissement inconditionnel et comme une surdité absolue à toute tentative de justification ou de besoin de compréhension émanant de l’élève ? D’aucuns réclament une école policée, oubliant peut-être que la police ne vide pas sa fonction de sa dimension humaine, humaniste même ! Que dire aussi à ceux qui ramènent la responsabilité du délabrement du système éducatif à certains ministres, lors de leurs passages respectifs à la tête du ministère de l’éducation, des initiatives d’une certaine représentativité des élèves dans les conseils de gestion de l’établissement, comme il y en a dans les établissements universitaires ? Faut-il oublier le rôle de la famille ? Faut-il négliger l’apport de la société civile ? Une école a été le théâtre d’un crime révoltant, mais il nous revient à nous, en tant que citoyens, de penser cette révolte contre nous-mêmes, tous autant que nous sommes, et contre notre insuffisance à assurer convenablement notre mission d’éducateurs, à tous les niveaux que cela est possible.
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