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  • 02/11/2021 à 09:48

Les leçons à tirer de la mort…

Les leçons à tirer de la mort…
Par Mansour M’henni 

Sans doute sont-ils nombreux encore ceux qui se souviennent du célèbre film de Giuliano Montaldo, Sacco e Vanzetti, sorti en 1971 et représentant l’histoire de deux anarchistes d’origine italienne, Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, accusés d’unhold up commis le 15 avril 1920 et condamnés à mort par la justice des USA. 
La condamnation est confirmée en 1926 et exécutée en 1927 malgré l’aveu d’un prisonnier reconnaissant avoir conduit et accompli le hold up en question.
Ce film, projeté à Tunis aussi, plusieurs semaines durant, nous enthousiasmait dans nos années de jeunesse et attisait notre colère contre l’injustice, la ségrégation et les inégalités.
Certes, « le jugement a été invalidé sur la forme », le 23 août 1977, mais la culpabilité des deux exécutés ou leur innocence « n’a pas été définie ».
Une autre manière de se donner bonne conscience, même tardivement ?
Le film s’inscrivait pleinement dans le cadre de la lutte contre la peine capitale, la condamnation à mort, tant les erreurs judiciaires, dues parfois à des manipulations ou à des préjugés de différents ordres, conduisent à des absurdités prouvant le degré d’inhumanité que peuvent atteindre les êtres humains.
Cela se passait pourtant dans ladite « première démocratie du monde moderne », initiée par la constitution de 1787, deux ans avant la Révolution française ! Et dire que Victor Hugo avait déjà clamé, au milieu du XIXème siècle : « La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie.
Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine ; partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne » !
Cela donne à réfléchir, aujourd’hui encore. En effet, la justice humaine n’est pas exempte de méprises et l’on ne devrait pas perdre de vue la citation de Voltaire, un siècle avant celle de V. Hugo : « Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent ».
Ces idées me sont venues en tombant sur un article de l’Obs, datant du 31 août 2021, titré « Exécutés pour le viol d’une femme blanche, sept Afro-Américains graciés à titre posthume après une enquête ».
Mais c’est en lisant toute l’histoire qu’on est le plus indigné.
« Le dossier de Martinsville, dans le sud de la Virginie, remonte à janvier 1949.
Une femme blanche de 32 ans avait rapporté avoir été violée par un groupe d’hommes noirs et la police avait rapidement procédé à sept interpellations et obtenu des aveux signés.
Mais les sept hommes, interrogés sans avocat, avaient donné des versions différentes de la scène et plusieurs étaient illettrés et incapables de lire leurs confessions.
Malgré des manifestations en leur faveur jusque devant la Maison Blanche, [Ceux qu’on a fini par surnommer "les Sept de Martinsville"] étaient passés sur la chaise électrique en février 1951… ».
Et c’est le mardi 31 août 2021 que le gouverneur démocrate de Virginie, Ralph Northam, a annoncé aux descendants de ces pauvres condamnés « une grâce posthume à ces sept Afro-Américains exécutés en 1951 pour le viol d’une femme blanche, après une enquête et des procès entachés de racisme ».
Voilà donc que, soixante-dix ans plus tard, la justice se découvre finalement injuste, et pour se ménager, elle parle de « grâce posthume » ! Mais qui aurait besoin d’être gracié dans cette affaire : la justice coupablement assassine ou les innocents injustement exécutés ? Et que feraient de cette décision trop tardive les familles de ces condamnés ? Et quelle idée de la justice auraient leurs descendants?
Peut-être cela servira-t-il aux restes des hommes, dits civilisés, pour qu’ils soient plus humbles, plus conscients de leurs insuffisances et de leurs limites ! Ils comprendraient alors que la mort est sans retour et que pour la prononcer en verdict ferme contre un être humain, il faut être un surhomme ou un inhumain.
La mort absurde pour l’enseignement des hommes, dirait Albert Camus ! Ce qui n’est pas sans nous rappeler cette autre mort, également absurde, celle du jeune résistant communiste Guy Môquet, fusillé par les Allemands à l’âge de 17 ans, un 22 octobre 1941.
Dans sa dernière lettre à sa mère, il lui écrivit :« Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose ».
Sachons toujours tirer leçon des morts qui nous entourent, des morts que nous vivons, chacun à sa façon, en ces temps où l’advenue du covid 19, comme celle de la peste dans le roman d’A.
Camus, semble avoir pour ultime objectif les enseignements que nous gagnerons à tirer du désastre, dans toutes ces configurations et dans toutes ses dimensions. 
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