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- 19/03/2026 à 09:33
Quand l’Intelligence Artificielle commande la guerre

Par Azzouz Derraji
J’ai été particulièrement réjoui par la chronique publiée par mon cher ami et profond intellectuel Mansour M’henni. Figure emblématique des sphères culturelle, académique et médiatique, il est de ceux qui n’écrivent pas pour le simple plaisir d’écrire, mais seulement lorsqu’une question le taraude et mérite d’être éclairée par l’analyse ou la critique. Bien qu’il soit doté d’un grand sens de l’humour dans l’intimité des discussions privées, il fait preuve d’un sérieux et d’une rigueur extrêmes dans ses écrits. Personnellement, je l’enviais lorsqu’il évoquait le génial Kateb Yacine ; il est l’un des rares spécialistes de son œuvre et de son parcours. Il a d’ailleurs contribué, aux côtés de notre fidèle ami Alain Massé, à promouvoir l’idée d’une rencontre périodique autour de Yacine dans la ville de Guelma. Hélas, les conditions de pérennité du projet ont manqué, suite aux mutations qu’a connues l’Algérie ces dernières années. Mais je suis convaincu que le jour viendra où ce projet se concrétisera, car ce serait rendre justice à l’icône de Nedjma.
À ce propos, je me souviens qu'au début des années 80, alors que j’étais un jeune journaliste débutant, Yacine dirigeait le théâtre de Sidi Bel Abbès. Il avait accordé des déclarations à une revue arabe basée à Paris, et certains de ses propos m’avaient déplu. Je l’avais alors attaqué dans un hebdomadaire sans le connaître personnellement. Plus tard, j’ai rencontré un ami commun, H'mida Ayachi, qui était en contact avec lui. Ayachi m’a confié que Yacine s’était étonné de mon attaque et de la manière dont j’avais interprété ses paroles hors de leur contexte. Il m’a dit : « Si seulement tu l’avais connu avant sa mort ; malgré ses emportements occasionnels dans ses déclarations, c’était un homme de dialogue. »
Pour en revenir à mon ami Mansour, je le remercie à nouveau d’avoir republié mon commentaire sur son précédent article sur le site de Jawhara FM. Il y traitait des aspects de la guerre déclarée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Les deux alliés « parias » croyaient y mettre fin dès le premier jour en assassinant les dirigeants, mais elle s’est transformée en une guerre de destruction et d’usure. La plupart des pays, y compris les pays du Golfe pourtant impactés, se sont tenus à l’écart d’un conflit que tous s’accordent à qualifier de « guerre de Netanyahou ». Ce dernier en a fait une guerre existentielle pour échapper au poids de son procès pour corruption et pour entrer dans l’histoire d’Israël comme le leader ayant mené le plus de guerres, détruit le plus de villes et perpétré des génocides. Il y est parvenu, réussissant après quarante ans à entraîner les États-Unis dans une guerre à travers laquelle Trump cherche peut-être, de son côté, à enterrer le dossier Epstein.
En résumé, c’est une guerre absurde qui pourrait redessiner la carte de la région et engendrer de nouvelles alliances. Ce qui a retenu mon attention, ce ne sont pas les tensions entre l’alliance de guerre, l’alliance silencieuse qui refuse de s’impliquer, et le camp qui s’y oppose timidement. Ce qui m’a frappé, c’est l’émergence de la force qui a fait la différence : l’Intelligence Artificielle (IA). Elle a été utilisée pour traquer et assassiner les dirigeants iraniens, ce qui laisse présager de grandes craintes pour l’avenir. De plus, l’IA a pris le contrôle du cyberespace en générant des images de bombardements et en manipulant l’opinion publique via des vidéos sur l'absence de Netanyahou, dont les trucages ont été révélés.
J’ai lu un article affirmant que des centaines de pages infiltrées par l’unité israélienne 8200 se sont propagées massivement sur divers supports électroniques. Leur but : manipuler les sentiments des opinions publiques arabes, musulmanes et du camp anti-guerre, en plongeant les gens dans un état de narcose et d’hypnose pour qu’ils croient tout ce qu'on leur soumet. Une fois la vérité révélée, il est souvent trop tard. La guerre numérique est devenue l’alternative aux guerres conventionnelles ; les drones qui frappent des cibles précises sont préréglés par des outils de cyberguerre. Ainsi, plus la technologie s’immisce dans la vie des gens, plus le rôle des humains dans la détermination de leur propre destin recule. C’est là toute l’ampleur de l’angoisse stratégique !
Avertissement : Cette chronique s’inscrit dans la continuité conversationnelle des deux précédentes chroniques de Mansour M’henni ; elle n’engage que son auteur.




