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- 27/02/2026 à 08:43
Retour sur les discours d’opposition

Par Mansour M’henni
Notre pays, sans doute à l’image de notre monde, est infecté et affecté par des discours dits « d’opposition », qui ne sont pas forcément des discours de l’opposition au sens politique, mais passant plus pour des discours de provocation et de culture de la haine. Le plus triste dans cette situation, c’est que ces discours paraissent mobiliser des personnes supposées d’intelligence respectable et de discernement louable, autrement dit des acteurs intellectuels, artistiques et culturels. Pour ne pas ternir la sérénité et la respectabilité supposées par l’esprit de conversation que nous considérons comme une éthique incontournable pour le vivre ensemble, nous nous abstenons de citer des exemples crus de ces discours belliqueux, car les réseaux sociaux en pullulent. Mais on ne saurait s’empêcher de s’étonner que des citoyens respectables s’emballent dans des insultes et des propos diffamatoires, sous quelque nom ou faux-nom que cela puisse être, à l’égard de certains interlocutaires des réseaux, rien que parce que ces derniers ont des idées différentes de celles des premiers, fût-ce d’une différence allant jusqu’à l’opposition catégorique !
Il est vrai que certains intervenants sur les réseaux sociaux préviennent qu’ils ne sauraient accepter de telles impolitesses, mais jusqu’à quel point peuvent-ils contrôler un flux torrentiel qu’aucune digue ne pourrait contenir ? Le seul barrage à de tels dérapages reste l’éducation et la culture enracinées dans le respect de la différence, dans la relativisation des vérités et dans l’éthique de la socialité respectueuse et solidaire. Or ces agitateurs de l’espace public numérique ne semblent pas avoir conscience de l’impact de leurs statuts frondeurs et querelleurs sur les jeunes qui déambulent d’un compte à l’autre, d’un statut à un autre. Au lieu de donner l’exemple de la tolérance qui est à prendre comme une occasion de penser et de repenser les choses, ils cherchent à imposer, par tous les abus langagiers, leurs sentiments incontrôlables et les idées piégées qui peuvent s’en dégager, comme un gaz asphyxiant. Ils n’hésitent pas, pour ce faire, à mêler dans leurs polémiques, les religions, les idéologies et même des philosophies aux bras ballants et des poésies de cœurs glaçants.
Certains profils se sentant visés par le présent propos ne tarderont sans doute pas à lui reprocher le ton moralisateur qu’ils ramèneraient à un quelconque complexe de l’auteur ; ce qui peut se comprendre. Cependant, ce qui nous paraît devoir s’y faire valoir, c’est au contraire l’humilité à associer au discours le plus idéaliste pour y reconnaître la fragilité de la condition humaine et du besoin d’une force intérieure, tournée vers soi, pour l’autocorrection et l’auto éducation.
On comprend alors pourquoi l’UNESCO a institué un « Journée Internationale de lutte contre les discours de haine », célébrée le 18 juin de chaque année et on apprécie que certains acteurs de la société civile et du corps éducatif se mobilisent pour mettre en valeur les objectifs d’une telle occasion. De ce point de vue, évoquons et saluons l’initiative de la Coordination des Recherches et Eudes Brachylogiques (CIREB-Paris) qui organise, en partenariat avec La Renaissance Française, les 8 et 9 juin 2026 à Paris, un colloque international intitulé « La Société de Conversation contre les discours de haine ». Nous y reviendrons peut-être.




